Retours en Algérie

Retours en Algérie
dernier ouvrage paru : Retours en Algérie (Carnetsnord) lien : http://retours-en-alg.blogspot.fr/

mardi 9 août 2016

La chronique du blédard : Lire et relire par ricochets

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 4 août 2016
Akram Belkaïd, Paris

C’est une étrange alchimie, un mécanisme qui surprend toujours et dont on voudrait qu’il se répète plus souvent. Il arrive ainsi qu’un seul événement ou alors une seule lecture, obligent à faire le lien avec des éléments jusque-là éparpillés dans les strates de la mémoire. Je m’en suis rendu compte à la fin du mois de mai dernier en suivant, de loin, la réunion du G7 qui s’est tenue au Japon. Dans la plupart des cas, ce genre de rencontre n’a aucun intérêt. La langue de bois, les déclarations convenues et le manque d’informations débouchent sur une poignée d’articles vite oubliés et seules subsistent dans notre mémoire quelques photographies des chefs d’Etats rassemblés pour la circonstance.

Ce qui m’a interpellé, c’est la décision du Premier ministre japonais Shinzo Abe de réunir ses pairs dans le sanctuaire shintoïste d’Ise, un lieu sacré dédié à la déesse Amaterasu-Omikami. N’allez pas croire que je sois un spécialiste de cette religion et de cette « grande divinité illuminatrice du ciel ». Mais il se trouve que quelques mois auparavant j’avais lu, relu et encore relu, un superbe reportage du journaliste et grand spécialiste de l’Asie Robert Guillain publié en décembre 1974 dans Le Monde diplomatique et intitulé « La déesse du Soleil garde ses adorateurs » (1).

Deux pages de plein bonheur pour le lecteur qui, grâce à l’auteur, découvrait l’existence de ce sanctuaire si particulier. Il faut savoir que la déesse Amaterasu-Omikami est au cœur du culte shinto, la religion première du Japon. Elle est « l’âme » de l’Archipel et son lieu principal de dévotion, qui se trouve au cœur d’une forêt de cèdres, de cyprès et de camphriers centenaire, a pour particularité d’être démolit et reconstruit à l’identique tous les vingt ans. Cette tradition, qui se nomme « shinkinen sengu » se maintient sans interruption depuis le septième siècle. Les shintoïstes la décrivent comme la symbolisation « d’un cycle naturel de la vie, du trépas et de la renaissance ».

« Tous les vingt ans, écrit Guillain, les bâtiments [du sanctuaire] sont refaits mais aussi les quelques 2 000 objets de culte, et cela par des religieux qui sont en même temps bûcherons, charpentiers, artisans. Quand vient la vingtième année, il y a pour quelques semaines, dans une forêt de cryptomères et de camphriers géants, deux sanctuaires, l’ancien et le nouveau, à peu de distance, l’un de l’autre. Et l’inauguration du nouvel édifice est une sorte de déménagement mystique, où la déesse du Soleil est solennellement accompagnée depuis son ancienne demeure, promise à une démolition prochaine, jusqu’à la nouvelle. »

Cette cérémonie se déroule de nuit, dans une obscurité presque totale, en présence de tout ce qui compte au Japon comme personnages influents du monde politique et économique. Il n’y a pas de passe-droit ni de tribune pour VIP. Les uns et les autres sont assis par terre et très rares sont les étrangers qui y sont invités comme le fut Robert Guillain. En 2013, la dernière démolition-reconstruction a coûté l’équivalent de 440 millions d’euros et chaque fois qu’un Premier ministre est nommé au Japon, il se rend au sanctuaire pour demander à la déesse du Soleil de l’aider à accomplir au mieux sa tâche.

Quand Shinzo Abe invite ses homologues du G7 à Ise, il leur signifie deux choses. La première, c’est que le Japon a beau avoir une Constitution laïque (le shintoïsme n’est plus religion d’Etat depuis la défaite de 1945), il entend désormais renouer avec son héritage culturel et religieux. La seconde, c’est que la stigmatisation du shintoïsme, accusé, notamment par les Etats Unis, d’avoir nourri le nationalisme belliqueux du Japon durant la première partie du vingtième siècle, est contestée par de nombreux Japonais. C’était là, quarante ans plus tôt, l’une des interrogations de l’article de Robert Guillain qui se demandait comment évoluerait le statut de cette religion.

Par ailleurs, ce même article m’avait déjà amené à réfléchir de nouveau à propos d’un ouvrage de l’auteure de romans policiers Miyabe Miyuki. De l’un de ses livres, « Une carte pour l’enfer », j’avais gardé en tête une intrigue liée l’usurpation d’identité et au drame du surendettement qui a touché des millions de Japonais au début des années 1990 (2) ainsi qu’une intéressante réflexion sur la quête, très humaine mais exacerbée par la société de consommation, d’un « autre moi ». Un personnage se demande ainsi à quoi rime la mue des serpents et se dit que ces derniers « s’imaginent qu’après toutes ces mues, ils auront enfin des pattes. Est-ce que les serpents ont besoin d’avoir des pattes, me direz-vous ? Eh bien, ils s’imaginent qu’ils seraient plus heureux s’ils en avaient. Et dans notre société, il y a beaucoup de serpents qui rêvent d’avoir des pattes mais qui sont trop fatigués ou trop paresseux ou encore qui ne savent comment s’y prendre. Et il y en a de plus intelligents qui leur vendent des miroirs dans lesquels ils se voient avec des pattes. Certains veulent acheter ces miroirs même en s’endettant. »

Mais dans ce roman, il y a aussi un passage où il est question d’un pèlerinage au sanctuaire d’Ise. Quelques phrases anodines, un échange formel, en apparence banal, entre l’enquêteur et un témoin. Aucune explication sur l’importance de ce lieu, sur ce qu’il représente et, surtout, sur le fait que l’enquêteur faisait le lien entre lui et la personne soupçonnée de voler l’identité de sa victime. La bonne littérature n’explique rien, il lui suffit juste de suggérer, d’indiquer des pistes. Et souvent, trop souvent, le lecteur peu informé passe à côté…


(1) Un extrait de cet article (lequel est disponible dans les archives du mensuel) a été publié dans le Manière de voir n°145 (février-mars 2016) consacré à « l’emprise des religions ».
(2) Lire Meryem Belkaïd, « Chroniques japonaises : nul mieux que la littérature et le cinéma », Al Huffington Post, 3 juin 2015.

dimanche 31 juillet 2016

La chronique du blédard : Independence day, ze great turnip

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 28 juillet 2016
Akram Belkaïd, Paris

Une qar3âa, mon vieux. Une courge… Tiens, dis-moi, comment dit-on navet en anglais ? Turnip ? D’accord. Donc, j’ai vu une vraie courge-turnip. C’est la suite d’un film d’il y a vingt ans ou presque. Non, non, je ne vais pas te spoiler. Pardon, c’est vrai, faisons un petit geste pour la francophonie et nos amis du Québec. Ne pas dire spoiler mais divulgâcher. Promis, je ne vais pas te divulgâcher ce chef-d’œuvre. Je ne suis pas comme ta consœur qui a lâché le morceau sur Facebook. Si ! Ce n’est pas défendable ce qu’elle a fait. Désolé ! Quand tu postes juste « Hodor… », les gens devinent qu’il lui arrive quelque chose de grave pendant la saison six de Game of Thrones. C’est du spoi… divulgâchage, ni plus ni moins ! A propos, tu sais qu’il paraît que Ned Stark reviendrait pour la septième saison ?

Bon, donc les aliens sont de retour eux aussi pour se venger et dévaster la Terre. Et Mohammed Ali n’est même plus là pour les stopper. Bah oui, Mohammed Ali ! Tu sais le gars qui jouait dans le King de Bel Air et qui massacre Foreman à Kinshasa. Dans le premier film, il est pilote, il capture un alien et il apprend même à manœuvrer une soucoupe. Là, il est absent mais c’est son fils qui le remplace aux manettes. Un fils bogosse qui flirtouille avec la fille de l’ancien président, celui dont le cerveau a été forcé par les ondes des extraterrestres (ça a son importance pour la suite du film). J’ai eu du mal à me souvenir de qui était qui mais au bout d’un moment, tu n’as plus besoin de comprendre. Les sauterelles à tête de mante religieuse sont toujours là, teigneuses comme pas possible et elles veulent faire un trou dans l’océan pour voler le noyau en fusion de la planète. Ne ris pas !

Ces films, tu en vois un, tu les as tous vus. Les méchants sont méchants et il n’y a aucun moyen de discuter avec eux. Des villes sont détruites, comme Londres qui paie le prix fort du brexit. On a droit à du verre brisé, de l’acier tordu et à un raz-de-marée comme dans San Andreas avec des porte-containers qui font du surf et tu as bien sûr l’inévitable scène où les gens courent dans la rue pour échapper à la catastrophe (ça, j’ai compris, c’est une référence implicite aux attentats de 2001). Pour le reste, la trame est la même : Au début, les Ricains sont dépassés mais ils finissent toujours par trouver le moyen de l’emporter. Il y a du patriotisme à gogo, des gens qui se mettent au garde-à-vous pour un oui pour un non, des coups de menton de la présidente yankee qui se met à ressembler à Manuel Valls et quelques scènes façon guimauve pour faire pleurer le spectateur, histoire de bien saler les popcorns.

En tous les cas, ça parle trop et ça ne cogne pas assez. Tu as les batailles aériennes habituelles où on ne sait jamais qui tire sur quoi, le grand vaisseau-mère dans lequel les chasseurs américains pénètrent pour faire des dégâts et les pilotes qui se chambrent tout en écrabouillant les vilains. Un autre truc marrant, c’est qu’on te fait croire au début du film que le monde est uni et qu’il y a une seule armée. Mais tu te rends compte au bout de cinq minutes que les Américains sont toujours les patrons même si c’est un Chinois qui dirige la base lunaire. Ce sont les yankees qui sauvent le monde et qui se sacrifient pour lui pendant que les Arabes restent à angoisser sous leur tente en attendant que ça passe…

Le truc bizarre dans l’affaire, c’est qu’ils ont offert un rôle à Charlotte Gainsbourg. On ne comprend pas très bien ce qu’elle vient faire dans l’histoire mais elle est en Afrique et elle étudie les messages subliminaux des aliens. Elle fait souvent la moue, la mâchoire en avant et la lippe boudeuse, surtout quand il ne se passe pas grand-chose et qu’il faut faire croire le contraire au spectateur (les autres acteurs écarquillent les yeux comme si Dark Vador venait de faire son apparition). A un moment, j’ai cru avoir deviné le dénouement du film. Je pensais que les aliens seraient sur le point de l’emporter et que là, Charlotte, fille de Serge et de Jane, sauverait le monde en se mettant à chanter, un peu comme dans Mars Attacks quand une vieille chanson désintègre les envahisseurs. Mais ça ne s’est pas passé comme ça. Dommage. Ça aurait abrégé les souffrances des aliens et celles des spectateurs…

Dans le film, il y a aussi un seigneur de guerre africain avec des machettes et du chagrin dans les yeux parce que les sauterelles ont zigouillé son frère. C’est lui qui dit qu’il faut tuer les aliens en les attaquant par derrière. Tu crois que ça veut dire quelque chose de particulier ? Un truc raciste ? Les films d’envahisseurs, c’était contre les communistes avant. Aujourd’hui, ce ne serait-ti pas contre les barbus ? Mais le clou du film, c’est une partie de ballon en guise de bataille finale. Ça se passe dans le Nevada, sur une étendue salée, pas loin de la fameuse zone 51. La reine des sauterelles veut prendre une sphère blanche, une alien elle aussi mais gentille, qui peut lui causer beaucoup de problèmes. La reine choppe la balle et cherche à marquer un essai tout en échappant aux soucoupes qui la poursuivent. Un grand moment de sport et il manquait juste les publicités des sponsors ! Bon, toute cette plaisanterie dure deux heures. Et quand le film se termine, tu comprends de quoi parlera le troisième épisode. Cette fois, c’est les Ricains qui vont envahir la planète des sauterelles, histoire de donner un peu de crédit à l’invasion « préventive » de l’Irak. Et j’ai vraiment envie de savoir si le réalisateur va penser à faire chanter Charlotte Gainsbourg pour pulvériser une bonne fois pour toute ces satanés bestioles...
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jeudi 21 juillet 2016

La chronique du blédard : Après Nice, la dynamique du pire, l’intégration et un certain zeste d’anti-France

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 21 juillet 2016
Akram Belkaïd, Paris

La dynamique du pire est un enchaînement d’événements où chacun crée à la suite de l’autre une situation plus grave que la précédente. C’est une glissade continue, irrémédiable, vers un contexte incontrôlable où les scénarios les plus noirs finissent par se réaliser. Après le carnage de Nice, il convient donc d’être réaliste et de ne pas se leurrer : La France est bel et bien prise dans une séquence infernale dont on se demande avec angoisse quel sera le prochain épisode.

L’assassin a-t-il perpétré son crime au nom de l’Organisation de l’Etat islamique (OEI, souvent désignée par l’acronyme Daech) ? Etait-il mû par d’autres raisons, la « franchise universelle », que l’OEI a lancé pour frapper les pays occidentaux, lui ayant donné la possibilité d’accomplir son geste démoniaque sous le label bien pratique du djihad ? Même si des responsables politiques français se sont couverts de ridicule en évoquant une « radicalisation rapide », un peu comme s’il s’agissait d’une maladie foudroyante, je pense que ce débat n’est pas le plus important.

Car, ce qui prime, c’est l’effet produit au sein de l’opinion publique française. Au-delà de l’horreur et de la sidération (notons au passage l’usage intensif de ce dernier terme par les médias), il y a la colère et la certitude que tout cela a été accompli au nom de l’islam par un membre des communautés d’origine maghrébine. Les discours qui entendent mettre en garde contre tout amalgame, les critiques légitimes formulées vis-à-vis de la politique française au Machrek et les rappels sur le fait qu’un tiers de victimes étaient de confession, ou de culture, musulmanes n’y changeront rien ou presque. Petit à petit, des digues de raison se fissurent et s’installe l’idée que ces communautés abritent en leur sein de dangereux criminels susceptibles de passer à l’action à n’importe quel moment et par n’importe quel moyen, y compris le plus inattendu.

La suspicion généralisée à l’égard des musulmans d’Occident, fussent-ils pas ou peu pratiquants, est l’un des objectifs de Daech. Le calcul est simple : plus les concernés seront mis à l’index et plus certains d’entre eux seront enclin à passer à l’action violente ou, du moins, à ne pas s’en désolidariser. Mais là n’est pas l’objectif final de l’OEI dont le but est aussi de répliquer aux bombardements dont ses troupes font l’objet en Syrie, en Irak mais aussi en Libye. Ce que veut cette organisation, c’est une aggravation de la situation et une division plus nette entre les uns et les autres. Autrement dit, ce qu’elle espère c’est que les musulmans de France fassent l’objet de représailles. On dira que c’est déjà le cas puisque des mosquées ont été vandalisées et que des croyants ont été molestés. Mais ce n’est pas de cela qu’il s’agit. La tuerie de Nice et la colère engendrée ouvrent la voie à d’autres scénarios, dont celui d’une « vengeance » qui serait l’œuvre, par exemple, de réseaux d’extrême-droite. Un « œil pour œil » dramatique qui envenimerait la situation et créerait des divisions là où elles n’existent pas (encore). On imagine aisément le cycle de violences sans fin que cela pourrait induire.

La seule manière d’empêcher ce scénario du pire est de renforcer la cohésion de la société française. Cela passe par un dialogue entre citoyens. Un dialogue dont, j’en suis désormais persuadé, la classe politique ne veut pas parce que cela affecterait son pouvoir, son influence et ses calculs. Il faudrait donc se passer de politiciens obnubilés par les prochains rendez-vous électoraux. Surtout, il faudrait aussi entendre les vérités des uns et des autres et les admettre. En premier lieu, nombre de Français ont encore du mal à accepter l’idée que leur société est inégalitaire et qu’elle ne cesse de discriminer selon l’origine, la religion, le sexe, l’orientation sexuelle et l’appartenance aux classes les plus défavorisées.

En 1995, quand Khaled Kelkal, un jeune de la banlieue lyonnaise, a participé à une vague d’attentats avant d’être tué, de nombreuses voix se sont faite entendre pour demander une vraie politique d’intégration et de réduction des inégalités. Elles n’ont pas été entendues. Dix ans plus tard, en 2005, après les émeutes des banlieues, les mêmes demandes ont été formulées. En vain. Plus de vingt ans après, nous en sommes à un moment charnière où des enfants nés au milieu des années 1990 rejoignent les rangs de Daech et n’ont aucune hésitation à frapper leur pays natal. Et si rien de sérieux n’est accompli dans l’immédiat, on peut se demander ce qu’il en sera en 2025… Hollande a aussi été élu pour qu’il s’occupe « des quartiers ». On sait ce qu’il est advenu de cet espoir…

En second lieu, l’honnêteté commande de ne pas se focaliser sur les seuls efforts à faire en matière d’intégration. Il est temps aussi pour les communautés d’origine maghrébine qui vivent en France de regarder la situation en face et de procéder à un nécessaire aggiornamento. Je ne parle pas ici de questions religieuses et du débat à propos du renouvellement de la pensée musulmane mais de la manière dont on façonne le lien et le rapport entre les nouvelles générations et la France. Disons-le franchement, trop de gens font en sorte, ou acceptent, que leurs enfants se complaisent dans une sorte de défiance à l’égard de ce pays qui, quelles que soient ses insuffisances, les éduque, les soigne et leur donne les chances, aussi minimes soient-elles, qu’ils ne trouveront jamais dans la terre de leurs parents.

Oui, il existe bien un sentiment anti-français chez nombre de Maghrébins de France. Il est plus ou moins assumé et l’on pourrait même le dire « structurel » sans pour autant le qualifier de « haine » ou de « racisme » comme on peut le lire ou l’entendre dans des productions de droite ou d’extrême-droite. Bien sûr, cela ne signifie pas que ce sentiment va alimenter une vague d’attentats. Mais cela crée les conditions pour une atmosphère délétère où les condamnations ne sont pas aussi fermes qu’elles devraient l’être, où des excuses sont toujours émises pour relativiser les abjections commises par certains et où l’opinion publique attend en vain des manifestations, ou plutôt des expressions, de loyauté qui auraient l’avantage de rassurer (et de raisonner) nombre de gens pris par la panique.

Par exemple, il est temps de dire que les petits plaisantins qui plantent de temps à autre un drapeau algérien sur le fronton d’une mairie française méritent un rappel à l’ordre et un long discours moralisateur sur le mal qu’ils font à leurs concitoyens musulmans mais aussi à l’image du pays de leurs ancêtres (où, d’ailleurs, ils ne veulent absolument pas vivre…). Il est temps de dire aussi à cette jeunesse qu’elle ne devrait éprouver aucune réticence à dire qu’elle aime (malgré tout) la France parce qu’elle y est née. Et cela malgré toutes les difficultés qu’elle y rencontre et malgré le passé colonial dont ses parents et grands-parents ont été les victimes.

Il y a quelques semaines, c’était pendant l’euro de football, un ami d’origine algérienne m’a raconté qu’il avait corrigé son fils de dix ans, « zoudj sqali ou kef » (deux claques et un soufflet…) parce qu’il avait arboré le maillot des Bleus pendant le match entre la France et l’Albanie. On jugera cet exemple anecdotique mais il est pourtant emblématique. Cet ami est arrivé en France au début des années 2000. Il a aujourd’hui une situation matérielle enviable dont il concède qu’elle n’aurait jamais été possible au bled. Ses enfants sont nés en France et n’ont même pas de passeport algérien. Mais voilà, ils sont élevés avec l’interdiction d’éprouver un quelconque attachement à leur pays. Bien sûr, ce n’est pas cela qui les poussera vers la violence mais c’est bien cela qui, entre autre, mine la cohésion d’une France qui en a pourtant un besoin vital.
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