Retours en Algérie

Retours en Algérie
dernier ouvrage paru : Retours en Algérie (Carnetsnord) lien : http://retours-en-alg.blogspot.fr/

lundi 5 décembre 2016

La chronique économique : Or et inflation, dollar et pétrole

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Le Quotidien d’Oran, mercredi 30 novembre 2016
Akram Belkaïd, Paris


Certains mécanismes de marché sont souvent automatiques ou, du moins, le plus souvent prévisibles. On sait, par exemple, qu’une annonce de baisse des taux va provoquer la hausse des cours obligataires. Or, ces derniers temps, certaines corrélations ne semblent plus fonctionner ou alors elles tardent à se réaliser. L’élection surprise de Donald Trump semble avoir semé une confusion extrême sur les places financières.

Quand l’inflation monte, l’or...

Un exemple, parmi tant d’autres, est celui de l’once d’or (près de 31,1 grammes). On sait que le président élu veut mettre en place un plan de relance budgétaire de grande ampleur et cela pour, notamment, financer de nouvelles infrastructures. Il veut aussi baisser les impôts de manière à relancer les dépenses de consommation. Dans les deux cas, il s’agit de mesures qui auront – normalement – pour conséquence une hausse de l’inflation. Dans ce genre de configuration, l’un des moyens de se prémunir contre les poussées inflationnistes est d’acheter des actifs tels que l’or. Relevons d’ailleurs que le métal précieux est aussi censé être un achat prioritaire en temps troublés. Or, loin d’augmenter, l’once d’or connaît actuellement une importante tendance baissière et a même cassé le plancher des 1200 dollars. Autrement dit, le métal jaune ne joue pas son rôle de valeur refuge.

Certes, l’once a bondit après l’annonce de la victoire de Trump mais cela n’a guère duré et le reflux est venu rapidement. On peut penser que la décision de l’Inde – grand acteur du marché – de geler ses importations jusqu’en mars 2017 a favorisé ce repli mais, dans un schéma normal, la perspective d’un retour à l’inflation (et donc à la hausse des taux d’intérêts) aurait du provoquer une hausse des prix de l’or. Si les explications manquent à propos de cette situation, de nombreux experts se demandent s’il n’est pas temps d’investir dans le métal précieux en pariant sur un retour aux comportements normaux de marché et donc de placements dans l’or.

Quand le dollar monte, le pétrole...

Un autre exemple concerne le pétrole. Tout nouveau venu dans une salle de marchés apprend deux choses : D’abord, que le prix des obligations varie en sens inverse des taux d’intérêts. Ensuite, que le dollar et les cours du pétrole évoluent le plus souvent en sens opposés. Actuellement, et c’est une conséquence de l’élection de Trump, le dollar est dans une tendance haussière. Cela aurait dû coïncider avec un repli du baril. Ce dernier pourtant continue de résister. L’explication, dans ce cas, est liée aux efforts de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) de s’entendre autour d’une réduction de l’offre (pour limiter la baisse des prix). Autrement dit, la résistance des cours du brut se maintiendra tant que le marché espérera que l’Opep trouve un accord. En cas d’échec, la baisse des prix du baril risque d’être violente : à la déception liée à l’absence d’un accord de réduction des pompages s’ajoutera l’effet mécanique relevant de la hausse du dollar.
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"A peine j'ouvre les yeux" (sic)

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Enfin pu voir « A peine j’ouvre les yeux » de Leyla Bouzid (Tunisie, 2015, Prix du public à la Mostra de Venise). Relevons d'abord ce titre qui se veut poétique mais dont la syntaxe et la grammaire sont des plus approximatives (traduction de "3ala halat 3ayni"). Et disons ensuite que c'est un bon et beau film pour ados, une sorte de "teen movie" à message politique puisqu'il décrit bien les déboires d'une jeune bachelière qui chante des textes engagés dans la Tunisie policière de Ben Ali en 2010 (quelques cours de chants n'auraient pas été superflus pour l'actrice). Seul bémol, et il est de taille, la gamine en question semble être la seule à ne pas connaître la réalité sécuritaire de son pays et ce dont étaient alors capables les services de sécurité.
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dimanche 4 décembre 2016

La chronique du blédard : Première neige (à Montréal...)

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 1er décembre 2016
Akram Belkaïd, à Montréal



La dame blanche est annoncée pour la nuit. Voilà des jours qu’elle est attendue, guettée, ses effets anticipés peut-être même craints. Ici, ce sont des piquets et des balises qui ont été plantés le long des grands boulevards et des avenues. Là, on a posé de grands cylindres à la fluorescence orangée pour mettre en garde contre les dangers d’une ville à la chaussée déglinguée. Nids-de-poule, trous, graviers : autant de pièges urbains qui, inconscience ou volontarisme très nord-américains, n’ont pas dissuadé Montréal d’accueillir en juillet prochain un grand prix de formule E (voitures électriques). En attendant le printemps et la débâcle du Saint-Laurent, partout, ou presque, on a retiré les bornes pour vélos et fiché quelques panneaux interdisant le stationnement. Elle arrive… L’automne et sa douceur se terminent avant l’heure prévue.

La neige, donc, en sa première bordée. Radios, télés et journaux reprennent les prévisions de MétéoMédia ou d’Environnement Canada. Caprices et alternance d’El Niño et de La Niña obligent, l’hiver sera dur à Montréal, peut-être même plus dur que dans le reste de la (belle) province du Québec. La neige, cet objet de conversations sérieuses au déjeuner matinal comme au dîner (de midi…) ou au souper du soir. Sera-t-elle au rendez-vous, empêchant un autre Noël vert ? Quand ? Bientôt ? Combien (de centimètres) ? Frémissement général : le flocon est dans tous les esprits. Pour le visiteur de passage, cette focalisation est étonnante. Les gens du coin ne seraient-ils pas habitués ? On va devoir réapprendre à vivre avec elle, disent-ils, passée la première surprise quand on les interroge sur le sujet. Reprendre les bonnes habitudes qui permettent de s’accommoder des trottoirs glissants, des routes encombrées et du froid omniprésent. Sortir les bottes, les vêtements chauds, très chauds, les gants, les anoraks en plumes d’oie achetés lors des dernières soldes du black Friday, pardon, du vendredi noir (ou fou).

Au très petit matin, le silence. Une ruelle immaculée. Un décor boulinant ou boulant. Neige molle, quelques centimètres. Elle est donc bien arrivée durant la nuit. Le crissement des pas, le halo vaporeux qui accompagne la respiration. En profiter. Tout à l’heure, la faute aux voitures et à la poussière accumulée au cours des mois, tout cela sera transformé en gadoue grise ou en bouette noire. On avance lentement, attentif aux expériences passées, comme celle qui nous vit confondre une fine plaque de glace sombre recouvrant un caniveau inondé avec un bout de trottoir. Pas de glissade mais de l’eau glacée (et sale) jusqu’au mollet. Eternuements…

Marcher dans Montréal avec la neige qui botte au pied. Une première vision. A la station d’une sortie de métro, une longue file humaine, disciplinée, très très disciplinée, en apparence indifférente à la morsure du froid. Le vent s’est levé et la poudrerie fouette le visage – ce n’est tout de même pas le blizzard - mais la queue est calme. L’attente tranquille est la même dans d’autres endroits. Plus tard, dans la soirée, en écoutant les nouvelles du jour, on apprendra qu’elle aura été longue. Prétextant ne pas comprendre de nouvelles dispositions bureaucratiques, de nombreux chauffeurs de bus ont tardé à prendre le volant. Douze des vingt-trois lignes perturbées. Micro-trottoirs, colère (très mesurée) des usagers, élus municipaux (de l’opposition) qui s’emportent, élus municipaux (de la majorité) qui s’indignent, promesses de sanctions, gêne des syndicats. Première neige, premières pagailles…

Poursuivre la marche. Observer les gens, leurs allures. Incertaines pour les uns, rares, affirmées pour les autres, plus nombreux. Au niveau du boulevard René Lévesque, à quelques centaines de mètres d’un premier rendez-vous bien matinal, on est le témoin d’une scène étrange. Un camion, son signal sonore strident et des ouvriers qui déposent des bandes de gazon et de tourbe sur un terre-plein. Etonné, on se dit que c’est peut-être une procédure normale, que l’herbe va pousser tranquillement sous la neige et on passe son chemin. Le soir, toujours en écoutant les nouvelles, on apprendra que l’opération – incongrue - a déclenché un mini-scandale. Colère des élus municipaux (de l’opposition), gêne des élus municipaux (de la majorité) et promesse de la mairie de ne pas allonger le moindre dollar à l’entrepreneur pressé de boucler son chantier pour être payé. Première neige, premières berdasseries

Le soir, encore, on prendra la mesure de l’importance de l’événement. Sur les plateaux, on s’interroge. Cette neige tiendra-t-elle ? A quand la prochaine ? Dans cinq jours prédisent les experts à - ce qui semble être - la satisfaction générale. La neige comme symbole de normalité, d’ordre logique des choses. Une matière médiatique bienvenue pour évoquer les incidents de la journée, les voitures et leurs sorties de route ou leurs pannes malvenues à l’entrée d’un échangeur. On interroge les adeptes du pelletage comme sport matinal ou les ménages qui remettent les souffleuses à l’entrée du garage. Lyrique, un commentateur du Journal de Montréal affirme que la première neige est comme un premier amour. On l’attend longtemps, il n’en reste rien mais on s’en souvient. Plus mesuré, l’un de ses confrères affirme que c’est juste une leçon. Un échauffement, si l’on ose dire, ou un rappel à l’ordre pour comprendre, bien comprendre, que la longue parenthèse hivernale a bel et bien commencé.
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vendredi 25 novembre 2016

La chronique du blédard : Des primaires de droite (et du centre) et de l’activisme électronique islamophobe

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 24 novembre 2016
Akram Belkaïd, Paris

Ce sera donc Fillon contre Juppé. D’un côté, l’ex-« collaborateur » de Nicolas Sarkozy – du moins, c’est ainsi que ce dernier qualifiait son Premier ministre. De l’autre, celui qui fut le meilleur d’entre eux, « eux » désignant, selon Jacques Chirac qui en fit son Chef du gouvernement, les multiples ténors de la droite dite gaulliste. Fillon-Juppé donc, avec un avantage certain pour le premier même si on sait désormais de quoi sont capables les sondeurs... En effet, au vu du score de dimanche dernier, la messe semble dite en ce qui concerne les primaires de la droite (et du centre) et il faudrait un miracle électoral pour que le maire de Bordeaux batte le député de la deuxième circonscription de Paris. Fillon qualifié... Halte aux cris et que l’on se garde de possibles désespérades. Quoi de plus normal qu’un homme de droite pour représenter des gens qui partagent la majorité de ses idées ?

Que le lecteur se rassure. Je ne vais pas lui infliger un nouveau texte sur l’air du « kif-kif bourricot » à propos de l’interchangeabilité idéologique entre Fillon et Juppé, notamment en ce qui concerne les questions économiques. J’avoue néanmoins que la tentation est grande. C’est d’autant plus vrai que nombre d’électeurs et de sympathisants de gauche se lamentent depuis plusieurs jours sur le fait que Fillon sera le champion de la droite (et du centre), lui l’ami de Poutine, d’Assad et de l’ultra-droitier collectif La Manif pour Tous. « J’aurais préféré Juppé, il est moins réac que Fillon » m’écrit ainsi un ami toulousain, plutôt gauche mollassonne. Ah, et depuis quand choisi-t-on son adversaire ?

Cela me rappelle un peu ces amateurs de football qui croient tellement peu en leur équipe qu’ils se prennent à espérer que le joueur vedette de celle d’en face se blesse ou soit suspendu (ou que pris d’un accès de folie subite, il ne marque volontairement un but contre son camp). C’est aussi comme ces commentateurs sportifs pour qui les Bleus sont de potentiels champions du monde mais qui souhaitent sans vergogne que le tirage au sort leur désigne des adversaires comme le Costa Rica, l’Islande ou l’Ouzbékistan…

Car, ce qui est finalement intériorisé dans l’affaire, c’est que la droite va l’emporter en avril prochain et qu’il convient de manœuvrer – ou de prier – pour que son représentant le plus acceptable (par les électeurs de gauche) aille s’installer pour cinq ans à l’Elysée. Imaginez les complaintes auxquelles nous allons avoir droit si, comme nous l’annoncent les incorrigibles sondeurs, on se retrouve avec un affrontement Fillon – Le Pen au second tour de la présidentielle… Qui sait, ce sera peut-être l’occasion de trouver soudain quelques qualités à celui qui entend rallumer le flambeau du thatchérisme… Mais le rendez-vous printanier est encore loin et il reste la primaire de la gauche pour nous distraire.

En attendant, il convient de s’arrêter sur l’un des éléments ayant caractérisé ce premier tour droitier (et centriste). De nombreux analystes expliquent qu’Alain Juppé a perdu beaucoup de voix en raison de la campagne de dénigrement dont il a fait l’objet sur internet. La fachosphère, ce marigot pestilentiel qui combine calomnies, menaces, désinformation et attaques outrancières, s’est effectivement acharné à diffuser l’image d’un Juppé sous influence de l’islam politique voir de l’islam tout court. Surnommé « Ali Juppé » - on appréciera la finesse intellectuelle de la e-racaille vert-de-gris -, le concerné a reconnu qu’il ne pouvait rien faire contre de telles attaques.

Il est difficile de connaître l’impact réel de cette campagne. Il est aussi difficile de prouver que des armées de trolls au service de la Russie y ont contribué même si de nombreux indices permettent de le penser. Mais une chose est certaine, c’est bien la première fois qu’une élection en France est influencée, ne serait-ce qu’en partie, par le rapport, imaginé ou fantasmé, de l’un des candidats à la religion musulmane. C’est un précédent majeur et il y a fort à parier que cela va encore jouer en avril prochain. Par le passé, des candidats ont été (bassement) attaqués sur leur vie privée mais qu’ils passent au crible d’une exigence d’hostilité à l’égard de l’islam est une première. Un homme politique qui accepte la construction d’une mosquée dans sa ville sait déjà le prix électoral qu’il risque de payer. Mais les choses vont désormais plus loin. Pour être élu, il va falloir prendre en compte l’existence d’un activisme électronique islamophobe.

Il est évident que des tweets, des posts sur Facebook ou des caricatures (on pense à celle de Juppé embrassant une babouche verte, autrement dit le sommet de la créativité artistique) ne font pas le vote. Mais cela crée un contexte. Un climat. Quel que soit le nom des candidats respectifs de la droite et de la gauche, on vient d’avoir une nouvelle preuve que l’élection présidentielle française est bien partie pour se dérouler dans une atmosphère viciée.


P.S : Impossible de terminer cette chronique sans évoquer le double-kif de dimanche dernier. D’abord, Sarkozy éliminé (ne boudons pas notre plaisir) et, ensuite et plus encore, les 0,3% de suffrages obtenus par Jean-François - pain au chocolat - Copé. Mais soyons magnanimes et oublions la référence aux viennoiseries. Comme jadis, pour les zigotos qui se présentaient à l’élection présidentielle contre Ben Ali (officiellement pour faire élire ce dernier…) voici donc comment il faudra appeler celui qui entend tout de même continuer à faire de la politique (quel autre métier faire sinon ?) : Jeff Zéro-virgule.
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dimanche 20 novembre 2016

La chronique du blédard : Monologue de l’électeur indécis

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Le Quotidien d’Oran, jeudi 17 novembre 2016
Akram Belkaïd, Paris


Tu vois, je n’ai aucune idée, mais vraiment aucune idée de pour qui je vais voter au printemps prochain. C’est la première fois que ça m’arrive. J’ai toujours su quel était mon choix plusieurs mois avant l’élection. En 1988, j’ai voté Mitterrand parce qu’il n’était pas question que Chirac et la droite reviennent. Déjà, à l’époque, on se faisait avoir avec ces choix par défaut, ces votes contre… En 1995, mon candidat, c’était Jospin parce que je ne voulais pas de Chirac et encore moins de Balladur. Ensuite, les choses ont commencé à se brouiller…

En 2002, j’ai voté Taubira au premier tour. Je voulais envoyer un signal fort à la gauche « socialiste » et à Jospin. J’étais persuadé qu’il allait être élu et je me préparais à voter quand même pour lui au deuxième tour. Oui, j’étais très en colère contre sa politique économique. Les privatisations, les licenciements chez Michelin, sa phrase sur le fait que l’Etat ne pouvait rien contre le marché et que tout le monde avait accepté cette situation, son programme qui n’était pas « socialiste »… Ah, la belle trahison !

Le soir du 21 avril, c’est vrai, j’étais mal. Le Pen au deuxième tour… Un peu à cause de gens comme moi. Si on avait tous voté pour Jospin, l’affaire aurait été différente. Mais bon, impossible de revenir en arrière. Je me souviens d’une discussion qu’on a eue toi et moi. Tu m’as dit qu’il valait mieux ne pas aller voter au deuxième tour… J’ai beaucoup réfléchi et j’ai décidé que c’était la seule chose à faire. Chirac ? Jamais ! C’est une décision qui m’a valu beaucoup d’engueulades avec mon entourage. Ma femme m’a dit ‘’non seulement tu nous amènes Le Pen au deuxième tour mais ensuite tu fais comme si de rien n’était !’’ A l’époque, les copains de gauche me parlaient de l’honneur de la France qu’il fallait sauver. Je leur répondais que l’honneur était déjà souillé et que, finalement, Jospin n’avait qu’à s’en prendre qu’à lui-même.

Chirac n’a pas eu mon bulletin et les gens de gauche qui ont voté pour lui ont été les cocus de l’histoire. Ils auraient mieux fait de rester chez eux. Sa défaite était impossible. Mais le fait de ne pas avoir la gauche avec lui l’aurait privé de ce 80% des votes qui lui ont fait croire qu’il pouvait tout faire. Il ne faut jamais élire un homme politique avec un taux pareil ! D’abord, ça fait république bananière. Ensuite, ça lui donne la grosse tête. Je ne me suis pas laissé impressionné. Tous ces médias qui nous annonçaient la catastrophe, les gens qui jouaient à se faire peur… Le Pen, à l’époque, n’avait aucune chance. Aujourd’hui, ce serait une autre histoire…

Ma femme vote toujours socialiste mais elle a quand même donné sa voix à Chirac en 2002. Et elle m’en veut encore pour ça ! Elle dit qu’elle a fait le sale boulot pour moi. Moi, ça me fait rigoler alors ça l’énerve encore plus. La semaine dernière, après l’élection de Trump, elle m’a dit que c’était la faute de gens comme moi si ce gugusse a été élu. Je me suis rendu compte qu’elle avait raison. Si j’étais américain, je n’aurais jamais voté pour Hillary Clinton. Mais bon, j’ai gardé ça pour moi...

En 2007, je suis allé voter en traînant des pieds. Ségolène au premier tour, Ségolène au deuxième en sachant pertinemment qu’elle allait perdre parce que l’autre était gagnant d’avance. Quoi ? Bah oui, Ségolène, comment veux-tu que je l’appelle ? Ah, d’accord ! Oui, c’est vrai, on a pris l’habitude de ne l’appeler que par son prénom. Bon, si tu veux. J’ai voté Royal les deux fois. Pas question de donner ma voix à l’autre – et ne me demande pas de le nommer. C’est lui qui a pourri l’ambiance en France. C’est lui qui a ouvert la boite de Pandore sur les histoires d’identité. Il a électrisé tous les débats. Que des gens pensent encore à voter pour lui cette année, ça me sidère.

En 2012, champagne et détente. Avec le recul, je me dis que j’étais tellement content qu’on se débarrasse de l’autre qu’on n’a pas vu venir le souk qui nous attendait. Pétard, quelle déception, hein ? Cinq ans pour rien. Qu’est-ce qu’il va rester de ce quinquennat. Je n’arrive pas à comprendre comment on en est arrivés là. Et maintenant, on se retrouve dans une situation où l’autre risque de revenir au pouvoir. Non, il n’a pas encore perdu les primaires. Crois-moi, c’est loin d’être gagné. Juppé n’est pas encore président… Il faut d’abord qu’il batte l’autre aux primaires et ça va être une vraie bagarre. Un truc très moche parce que c’est l’air du temps qui veut ça.


Ma femme, la socialiste, va voter aux primaires de la droite. Pour avril prochain, elle veut un match Macron contre Juppé. Voilà où on en est… Macron… Elle a fait une croix sur Hollande et Valls ne la convainc pas. Moi, je ne sais pas encore. Je ne sais pas quoi faire. J’irai voter pour le candidat le plus à gauche au premier tour. Ensuite, il y a de fortes chances pour que je reste à la maison pour le second. On entend déjà la musique qui nous dit que Le Pen sera qualifiée et qu’il faudra voter contre elle. On ne m’aura pas. Si c’est l’autre qui est en face d’elle, je te le dis dès maintenant, je vais à la pêche. Arrive ce qui arrivera. Et pas question, non plus, de voter Juppé. S’il est au deuxième tour contre Marine, ma femme votera pour lui. Ça suffira à le faire élire…
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