Lignes quotidiennes

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Dernier ouvrage paru : L'Algérie en 100 questions. Un pays empêché (Tallandier, 2019)

vendredi 4 avril 2014

Soutien des USA à Boutef ? C'est vite dit...

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De nombreux organes de presse, alimenté par une dépêche de l'Agence Algérie presse service (APS) ont résumé la visite de Secrétaire d’État John Kerry comme ayant débouché sur un feu vert à la réélection d'Abdelaziz Bouteflika. Comme le montre le verbatim de son intervention publié sur le site du Département d’État, la réalité est plus nuancée. Le chef de la diplomatie étasunienne a certes loué et remercié l'Algérie pour son rôle dans la crise du Sahel et assuré du soutien de son pays dans la lutte contre le terrorisme :

"First and foremost, our security cooperation: The United States will absolutely continue to stand with Algeria to fight the scourge of terrorism (...) We are grateful, very grateful, for Algeria’s efforts in Mali and Niger which underscore Algeria’s constructive role in regional stability not only in the east, but to the south also."

De même, John Kerry a-t-il insisté sur la coopération énergétique entre l'Algérie et les États-Unis et confirmé que son pays serait bien l'invité d'honneur de la Foire internationale d'Alger en juin prochain. Le Secrétaire d'Etat en a aussi profité pour évoquer ce qui, très certainement, devait constituer l'une des raisons majeures de sa visite à savoir la situation en Ukraine et que le fait que l'Occident a besoin du gaz naturel algérien pour compenser le chantage énergétique de la Russie :

"There are just an enormous amount – energy, as we think about the challenge of climate change in the world, as well as the challenges we see with the recent events of Ukraine – energy must not be used as a weapon, as a tool of conduct in international affairs".


Mais le plus important est contenu dans la conclusion du discours de Kerry qui a relevé que " les États-Unis attendent (espèrent ? sont convaincus d') une élection transparente en Algérie. En effet, l'expression "looking forward" utilisée ne signifie pas que les États-Unis "se réjouissent" de la perspective d'un scrutin transparent. La nuance est de taille et il est regrettable que les propos du Secrétaire d’État aient été plus ou moins bien interprétés...  Certes une phrase plus directe aurait été plus appropriée. Mais c'est là les limites de la diplomatie. Et l'Algérie n'est pas l'Afghanistan : Kerry ne peut dire "les élections doivent être transparentes". On notera aussi qu'il souhaite que ces élections permettent aux citoyens algériens de jouir de leurs droits...

"Lastly, you have an election coming up here in Algeria two weeks from now. We look forward to elections that are transparent and in line with international standards, and the United States will work with the president that the people of Algeria choose in order to bring about the future that Algeria and its neighbors deserve. And that is a future where citizens can enjoy the free exercise of their civil, political, and human rights, and where global companies, businesses, are confident in being able to invest for the long haul."

Si l'on imagine un barème allant de 1 à 6 dans le sens d'une pression diplomatique de plus en plus forte en matière de démocratisation et d'ouverture politique et économique, on dira que ce discours correspond au rang 3 (petite pression, pas trop contraignante mais tout de même réelle). En tous les cas, ce n'est pas le niveau 1 (soutien total) que célèbrent les soutiens du président sortant... Reste à savoir s'il s'agit d'une déformation délibérée ce qui serait tout de même très grave. Ou alors, et c'est une hypothèse qui n'est pas à exclure, on peut aussi penser que c'est un nouveau dégât occasionné par la traduction automatique sur internet. La prochaine fois, l'APS se méfiera de Google Traduction...
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